
Le laboratoire de conservation de la Direction Générale des Antiquités est situé au sous sol du bâtiment annexe au Musée National de Beyrouth. Il a été réhabilité en 1991 grâce à des dons privés et au soutien technique d'organisations Nationales et Internationales (BLFNM, UNESCO, Fondation Nationale du Patrimoine,..)
Les responsabilités
du laboratoire sont nombreuses. Sa tâche principale est néanmoins
celle de toute institution spécialisée dans la conservation/restauration:
préserver et conserver le patrimoine archéologique afin d'assurer
sa transmission aux générations à venir.
Les méthodes de travail sont multiples et doivent nécessairement
s'adapter à chaque situation en fonction des besoins et des possibilités
financières. Ceci toujours dans le cadre d'une déontologie de
travail rigoureuse conforme aux recommandations des chartes internationales.
1- Les collections du Musée National
Conservation préventive
Elle implique principalement dans notre cas la mise en oeuvre de mesures qui améliorent les conditions de stockage des collections et leur préservation à long terme. ( Entreposage adéquat, inspection et stabilisation des variations climatiques).
Durant les années de guerre, une grande partie des objets de la collection ont été entreposées à la hâte dans le sous-sol du musée. Les remontées d'eaux de la nappe phréatique ont inondé l'une des salles et causé une augmentation importante de l'humidité relative (plus de 95 %) sur une période de plusieurs années. Lors de l'ouverture de ses dépôts, une gestion adéquate des opérations de dégagement des collections s'est révélée indispensable en raison de la grande quantité de matériel à déplacer. Les changements dans les conditions climatiques du sous sol ont été introduits graduellement. Le séchage des pièces ainsi que le déssalement des objets immergés se sont également fait progressivement sur une période de plusieurs mois.

Methodologie d'intervention
Généralement, une intervention de préférence minimale sur les objets s'effectue au laboratoire par des méthodes simples. Le traitement se limite souvent à un examen diagnostique de l'objet, un relevé de son état de conservation et à un léger nettoyage mécanique de la surface sous microscope binoculaire. Un traitement plus poussé ne s'effectue qu'en cas de nécessité, lorsque l'objet est très fragile (consolidation) ou en vue de son exposition au public (reconstitution et intégration discernable des lacunes). Les capacités techniques du laboratoire restent néanmoins limitées surtout en l'absence de moyens d'analyses physiques et chimiques avancés.

En vue
de l'ouverture des galeries d'exposition, en 1997 et 1999 il a été
nécessaire de recruter de jeunes conservateurs/ restaurateurs d'objets
archéologiques étrangers pour des périodes de six mois
à un an. Leur présence a permis de traiter sur place les objets
destinés à être exposé au public et de former le
personnel local.
Le laboratoire supervise également le soclage des pièces lors
d' expositions. Il s'agit principalement de contrôler le choix des matériaux
utilisés pour les montages et d'empêcher qu'ils puissent causer
de dommages aux objets (corrosion, coloration..)
Quelques exemples
Les figurines de Byblos en alliage de cuivre dont certaines sont recouvertes de feuilles d'or, ont été nettoyées au scalpel sous microscope binoculaire et la feuille d'or consolidée. Elles ont ensuite été stabilisées avec un inhibiteur de corrosion. A la fin du traitement, un film protecteur reversible a été appliqué à la surface.


Les objets lapidaires (marbre et calcaire) exposés au rez de chaussée ont été nettoyés avec des moyens mechaniques et à la vapeur.d'eau. La reprise de certaines lacunes à été effectuée d'une manière très limitée et toujours dans un souci de préserver l'intégrité de l'objet. Ces lacunes ont été reintégrées pour améliorer la lisibilité de la pièce et non dans le but de reconstituer les parties manquantes.


Les objets en verre d'une extrème fragilité ont été
les premiers a être traités lors de l'ouverture du sous sol.
La corrosion du verre (perte de transparence) est liée à ses
conditions d'enfouissement ainsi qu'à sa composition. Les 'irisations'
proviennent d'une détérioration en strates de sa surface.
Les objets en verre dégagés au sous sol ont été
séchés très lentement et la surface consolidée
pour permettre une manipulation sans danger.

La tombe de Tyr
L'hypogée peinte a été découverte en 1938 dans la région de Burj el Chemali près de Tyr. Les fresques ont été déposées et transportées à Beyrouth en 1940 et la tombe reconstituée au sous sol du Musée National.
Durant
les années de guerre (1975-1993), les fresques ont été
victimes d'altérations microbiologiques et chimiques dues à
l'environnement très humide du sous sol.
En 1997, des budgets et un programme de travail à long terme ont été
établi par un spécialiste italien en restauration des fresques.
Trois missions de travail financées par la Fondation du Patrimoine
ont déjà eu lieu au cours desquelles une documentation graphique
et photographique des fresques, l'étude technologique et une identification
des pigments ont été effectuées.
Les essais de nettoyage ont révélés une grande richesse
de détails et de couleurs sur des fresques dont l'iconographie funéraire
est déjà étudiée.

wLa tombe n'est pas actuellement accessible au public en raison des travaux d'étanchéité qui sont en cours au sous sol. La reprise du projet de restauration des fresques est également sous étude.
Le sarcophage d'Ahiram
Lors du
l'exposition 'Liban l'autre rive' à l'Institut du Monde Arabe, la décision
de faire voyager le sarcophage du roi de Byblos Ahiram (Xe siècle avant
J.C) nous a donné l'occasion d'effectuer des analyses exaustives sur
les traces de polychromie encore apparentes à la surface ainsi que
sur le type de pierre utilisé et sa provenance.
Il aura fallu également intervenir sur le sarcophage pour permettre
son déplacement dans les meilleures conditions. Un spécialiste
français s'est rendu au Liban afin de consolider les fissures et de
reprendre les anciennes restaurations qui avaient été réalisées
à la découverte du sarcophage en 1923 .


L'emballage, la manutention et le transport jusqu'à Paris ont été effectués par une société française spécialisée dans le transport des oeuvres d'art. Afin d'assurer la stabilité parfaite du sarcophage durant les opérations de manutention et de transport, il aura fallu la construction d'une 'cage' métallique avec un butonnage interne et externe. Un camion spécial à plateau sur air comprimé a été expédié par mer jusqu'à Beyrouth pour assurer le transport du sarcophage dans les meilleures conditions.
Les mosaïques représentant l'Enlèvement d'Europe et
la Naissance d'Alexandre
Ces deux mosaïques qui avait été remontées sur dalles de béton armé lors de leur découverte à Byblos et Baalbeck ont dû être dé-restaurées et remontées sur un support en nid d'abeille léger avant leur exposition en Octobre 1998 à l'Institut du Monde Arabe. Grâce à cette technique, le panneau de 'l'Enlèvement d'Europe' par exemple qui pesait 800 Kg à son départ ne pèse plus que 150 Kg. La surface des mosaïques qui avait été poncée et vernie lors des premières opération de restauration ont été remises en valeur grâce au nettoyage et à la consolidation des tesselles.

'La naissance
d'Alexandre' n'à pu être traité dans son intégralité
et une partie de de la bordure attend toujours d'être restaurée.
Ces interventions ont eu lieu en France à l'Atelier de Restauration
de Mosaïques à St- Romain -en- Gal en présence de deux
stagiaires Libanais (Badr Jabbour Gédéon et Dany Khalaf) qui
ont également participé au montage des mosaïques à
l'exposition de l'Institut du Monde Arabe.
2-L'intervention sur les fouilles archéologiques
Le personel
du laboratoire est parfois appelé à intervenir sur les sites
archéologiques ou sur les fouilles de sauvetage que la Direction des
Antiquités entreprend lors de la découverte fortuite de vestiges
archéologiques.
Les objets sont examinés au laboratoire et le traitement adéquat
est établi en concertation avec les archéologues chargés
de l'étude du matériel.
Des déposes de mosaïques sont également effectuées
mais uniquement en dernier recours
lorsque leur préservation in situ s'avère impossible.

Lors des fouilles du centreville de Beyrouth par example, il aura fallu 5 mois de travail en 1997 pour mener à bien l'opération de sauvetage: consolidation, emballage et transport des 700 m2 de pavements provenant des souks et entreposés dans de mauvaises conditions dans l'ancien immeuble de l'Orient- le -Jour.